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La fête
Comme chaque année au début juin, notre fête de Marsauceux nous permet de nous retrouver autour d’un culte, d’un repas et d’animations. Dès 9h, quelques volontaires installent tables, stands et victuailles. A côté des stands habituels de fleurs, enveloppes surprises, pâtisseries, nous avions installé l’exposition de posters sur Calvin, « sacré Calvin », prêtée par le consistoire. La lecture choisie pour le culte est dans Mathieu 5,1-12, le texte des Béatitudes. Le pasteur dans sa prédication souligne que devenir disciple est une possibilité offerte à chacun ; tout le monde est appelé. Le Sermon sur la montagne s’adresse à tout le monde, dans le présent et dans l’avenir, mais il réclame aussi d’être disciple et il ne peut être compris et vécu que si l’on suit et si l’on accompagne Jésus.
Nous nous sommes retrouvés ensuite pour l’apéritif et le repas à la salle Louis Pommereau de Marsauceux. Le buffet repas est comme chaque année préparé par les paroissiennes avec des viandes froides, pâtés et salades composées. Les tablées sont rapidement constituées et le repas se déroule dans une ambiance conviviale qui permet de partager sa vie de tous les jours, ses projets familiaux etc.. (photo 316). Voir les photos sur l’ album photos 2009
316 Fête de Marsauceux – Pendant le repas
La conférence sur la théologie de Calvin
Au programme de l’après midi également un exposé débat sur la théologie de Calvin par le pasteur de Versailles, Gaspard Visser Van’t Hoff. Le conférencier souligne que cette théologie est à la base de notre foi réformée, elle mérite d’être réétudiée. La théologie de Calvin est Christocentrique. Christ est le Médiateur, la passerelle tendue sur l’abime qui nous sépare de Dieu. Calvin dit « Sommes nous insensés, lui-même est notre sagesse devant Dieu, somme nous pécheurs lui-même est notre justice». L’exposé s’est concentré sur trois aspects essentiels chez Calvin, la justification, la sanctification et la prédestination. En voici quelques extraits, d’après un enregistrement audio.
La justification : Pour Calvin, la justice d’un sujet ne doit rien au sujet lui-même. La justice n’est pas une qualité qui nous est propre, Dieu nous impute une justice qui nous est étrangère. Dieu nous regarde à travers le Christ, il nous voit juste. Ce n’est pas une modification de l’être du fidèle. Nous avons assez longuement rediscuté du sens de ce mot imputation de la justice. Pour les pasteurs présents, chez Calvin l’homme reste pêcheur. Nous somme justifiés, alors nous pouvons relever la tête. L’homme par ses propres efforts ne peut pas arriver à la divinité. Il ne faut pas se tromper sur le terme de « justification par la foi » : ce n’est pas parce qu’on croit qu’on mérite d’être justifié. Où qu’il soit sur le chemin de la sanctification l’homme reste pécheur. Beaucoup font l’amalgame entre la justification par la foi et des doctrines telles que « accepte-toi tel que tu es », c’est une erreur. Dieu nous aime d’un amour exigeant, bien qu’on reste toujours pécheur.
La sanctification : celui qui trouve sa justice en Christ ne peut s’accommoder de l’injustice du monde, nous sommes appelés a réagir. Ce qui intéresse Calvin c’est des actes concrets, basés sur la pratique que Christ nous a montrée dans sa vie terrestre. Cette orientation sans réserve de notre action sur les pas du Christ c’est ce que Calvin appelle la sanctification. La justification provoque quasi automatiquement un élan de reconnaissance de la part du croyant. Comment exprimer cette reconnaissance. ? En suivant les pas du Christ qui a obéi de façon parfaite à la volonté de Dieu ! Le conférencier nous propose l’image d’un enfant auquel les parents offrent un cadeau : comment montrer qu’il est content ? Ce peut être pendant une heure obéir a ses parents. La doctrine de Luther s’arrête à la justification. Celle de Calvin considère qu’il faut être reconnaissant en obéissant à la volonté de Dieu. Pour Calvin l’Ancien Testament est très important car il décrit la volonté de Dieu.
Importance de l’Ancien Testament : Le conférencier nous parle ensuite du lien entre Ancien et Nouveau Testament. Pour certains protestants libéraux, il y a gouffre entre les deux tandis que les adventistes respectent le sabbat et sont très attachés à l’Ancien Testament. Jésus dit qu’il n’est pas venu abolir, mais il y a des transgressions. Différents modèles ont été développes par les théologiens :
Un premier modèle nie toute continuité. Le dieu de l’Ancien Testament est un dieu vengeur et tyran, qui n’a rien à voir avec le Dieu du Nouveau Testament, donc pas besoin de l’Ancien Testament. Cette doctrine, déclarée hérétique au 2ème siècle, est parfois reprise dans des cercles de protestants libéraux.
Le second modèle, un peu trop simpliste, identifie l’ancien testament à la loi de façon négative et le nouveau testament à la grâce. L’Ancien Testament comporte beaucoup de passages qui font appel à la grâce de Dieu, tandis que le Nouveau Testament comporte aussi des exigences des exhortations. Il peut mener à l’antisémitisme en identifiant de façon négative les juifs à l’Ancien Testament.
Le modèle allégorique introduit une certaine continuité : L’essentiel est dit dans le Nouveau Testament. L’Ancien Testament est un réservoir d’images destiné à illustrer le message de Jésus Christ. Par exemple, dans 1 Co 10,4 Paul suggère que le rocher duquel Moise faisait sortir de l’eau dans le désert n’est autre que Jésus source d’eau vive.
Le modèle typologique prend en compte la temporalité de la révélation divine. Les événements, les personnes, les institutions de l’ancien testament sont à considérer comme des types préfigurant dans le temps ce qui éclate au grand jour dans le Nouveau Testament. Par exemple la royauté d’Israël, le sacerdoce du temple et le mouvement prophétique de l’ancien Israël ont préfiguré de façon incomplète la royauté et le sacerdoce de Jésus Christ.
Le modèle des promesses, dans lequel Jésus est venu accomplir les promesses de l’Ancien Testament. Par exemple, Esaïe annonce Emmanuel, Jésus Christ est Emmanuel
Le modèle de l’alliance. l’Ancien Testament fait état d’une succession d’alliances avec Noé, Abraham, Moise, David. A travers l’alliance Dieu se révèle toujours d’avantage jusqu’à l’alliance parfaite en la personne de Jésus-Christ. Calvin illustrait ce modèle par l’image du soleil levant et de la lumière qui croit progressivement.
Le modèle calviniste. Dieu se révèle intégralement dans l’Ancien Testament, seulement il nous faut l’Evangile de Jésus Christ pour que nous en rendions compte. Calvin disait « Christ il est vrai était déjà connu des juifs sous la loi, mais ce n’est que dans son Evangile qu’il vient vers nous en toute clarté. »
Cette valorisation de l’Ancien Testament va de pair avec le rôle attribué à la loi, non plus de façon négative qui permet de se prévaloir de nos mérites, ni seulement comme un miroir de notre misère faiblesse. La loi devient un guide pour nous sur le chemin de la sanctification.
La prédestination : Gaspard Visser Van’t Hooft évoque ensuite la prédestination en nous demandant ce que nous en pensions. Beaucoup d’entre nous disent être gênés par cette notion : est-on prédestiné à devenir un assassin. ? S’agit-il de prédestination au péché et au salut ? Le conférencier précise : d’abord pour Calvin comme Luther il est important de mettre l’accent sur la souveraineté de Dieu, on ne peut pas l’influencer. Le contexte de l’église de l’époque était de croire qu’on peut lier Dieu par ses mérites, par exemple des indulgences. Aujourd’hui encore, on veut toujours réclamer des choses à Dieu. Dans le contexte historique difficile du début de la réforme, Calvin veut aussi rassurer en disant la fidélité de Dieu, « Dieu t’a choisi depuis toujours ». Il disait « que le Seigneur te tienne » quand il saluait les gens. Si demain je traverse des épreuves et que je perde la foi, Dieu me tient, cela ne dépend même pas de ma foi. Pour Gaspard, la double prédestination est une dérive, au constat de personnes qui n’ont pas la foi et vivent de façon désordonnée. On a commencé à parler des réprouvés, introduisant la double prédestination : Dieu dans son plan souverain en a destiné les uns au salut à la foi, les autres à la damnation éternelle. Cette idée a été trop loin, créant une spiritualité pesante, inquiétante avec une image négative.
Le conférencier termine en rappelant la prédication du pasteur Jean-Charles Tenreiro à Noyon sur la prédestination. La prédestination n’est pas la fatalité. Dieu nous laisse libre. Dieu est un Dieu d’amour, mais il a un coté exclusif. Il nous donne la grâce pour la répandre.
En conclusion
Après cet expose nous retournons a la fête acheter des fleurs au stand toujours aussi bien garni de bégonias et pétunias, des pâtisseries et des restes de repas.
Nous emportons donc le souvenir d’un repas sympathique suivi d’une conférence passionnante, déçus pourtant du petit nombre de personnes restées dans l’après midi pour la fête et la conférence sur Calvin. Etait-ce les dates choisies très longtemps à l’avance qui coïncidaient avec la fête des mères et les élections européenne, le thème un peu aride de la théologie de Calvin ? Comment réunir tous les paroissiens ? C’est le défi auquel nous sommes tous appelés a répondre à coté du pasteur et du conseil presbytéral.
Philippe Riglet