lecture : “Entre l’Effort et la Grâce”
Livre : “Entre l’Effort et la Grâce” du pasteur Flemming Fleinert-Jensen, Éditions du Cerf – 2005
Qui d’entre nous ne s’est jamais demandé si il avait vraiment réussi sa vie ou n’a jamais ressenti son peu de charité face aux autres ? Cette question de l’insuffisance de nos efforts est au centre de la notion de justification par la grâce, exposée dans l’Epitre aux Romains et thème de nos études bibliques Centre à Dreux cette année.
Cette double notion d’effort et de grâce est reprise dans le livre du pasteur Flemming Fleinert-Jensen qu’il nous a présenté à l’étude biblique de Dreux en mai 2007 et que je veux vous résumer ici.
L’auteur rappelle d’abord l’historique de la doctrine de la justification par la foi basée sur les textes de Paul et de Martin Luther.
Paul expose d’abord celle-ci dans sa lettre aux Galates, jeune communauté qui cherche à imposer à tous la stricte observance de la loi judaïque. Il explique dans celle-ci que le plus important n’est pas la loi judaïque mais la foi en Jésus Christ : « Nous savons que l’homme n’est pas justifié par les oeuvres de la loi, mais par la foi en Jésus Christ » (Ga, 2, 16). Dans Ga 3, 23-28, il rappelle que la loi n’a été apportée que dans l’attente du Christ. Dans la lettre aux Romains il détaille cette doctrine. Comme dans un procès, l’homme pécheur est accusé et reconnu coupable au regard de la loi « qui ne donne que la connaissance du péché » (Rm 3,20), mais l’homme est gracié et pardonné « en vertu de la délivrance accomplie en Jésus-Christ » (Rm 3,24). Par le baptême, le croyant est ressuscité avec le Christ, il n’est plus l’esclave du péché mais de la justice. Justifié par la foi seule, l’homme peut s’engager dans la vie sous l’impulsion de l’esprit.
Martin Luther a débuté sa vie dans la terreur du péché et du jugement de Dieu. Il découvre la notion de justification par la foi en 1514. Pour Luther la loi (les commandements bibliques) oblige l’homme à reconnaître son échec et à se tourner vers le Christ pour l’accueillir dans la foi. Ce n’est que grâce à cette foi qu’il peut produire des oeuvres bonnes : « Après que l’homme a été justifié et que déjà il possède Christ par la foi, sachant que c’est lui qui est sa justice et sa vie, il ne demeurera certes pas oisif mais comme un bon arbre il produira de bons fruits, car celui qui croit a le Saint Esprit, il ne laisse pas l’homme dans l’oisiveté , il le pousse .. à l’action de grâce et à faire preuve de charité envers tous » (MLO XV, 166-167). L’idée essentielle est que «L’homme ne vit pas à cause de ce qu’il fait mais parce qu’il croît ».
Le livre examine ensuite l’idée de la justification de l’homme à partir de 2 notions : l’effort et la grâce.
La vision de l’homme selon laquelle l’homme doit justifier sa vie par le travail et l’effort éthique est légitime. Le travail donne du sens à l’existence et évite l’ennui. Pour les puritains du XVII eme siècle, le travail est un moyen de rendre gloire à Dieu. Cette éthique protestante a fortement marqué notre civilisation occidentale. Le problème est qu’aujourd’hui le travail est coupé de cette signification religieuse et devient une valeur en soi. Cette vision atteint ses limites dès que l’on rencontre l’échec des efforts ou la fragilité des relations humaines.
Une autre vision de l’homme est basée sur la notion de don. L’auteur nous rappelle qu’elle est universelle dans la vie courante : dès la naissance une vie nous est donnée, nous sommes accueillis dans une famille, nous recevons une éducation, une langue maternelle, une culture, un corps. Ce n’est qu’ensuite que l’effort vient, à l’école etc.. Dans l’Evangile, Jésus prononce des paroles de grâce, par exemple dans le récit de la femme adultère : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre », puis « va désormais et ne pèche plus »(Jean, 8,1-11). Il transforme une menace de mort en parole de vie. Cette grâce précède toute contribution humaine, sans que l’homme en soit digne. Pour recevoir ce don de la grâce, il faut se l’approprier par le geste de la foi en Jésus Christ, si souvant montré dans l’Evangile : « Ta foi t’a sauvé » (Luc 7,50; 8,48 ; 17,19 etc..), ou bien « Sois sans crainte, crois seulement » (Marc, 5,36).
Cette parole de justification par la foi affirme que devant Dieu, chacun est reconnu non à cause de sa qualité morale, et de ses efforts, mais à cause de sa foi en Jésus-Christ. Ses efforts et sa morale, indispensables pour les autres, viennent ensuite. C’est la conclusion de ce livre clair dont je vous recommande la lecture.
Philippe Riglet