On peut rêver
A propos de la célébration œcuménique durant la semaine de l’unité, il me prend à désirer un monde où la tolérance religieuse découlerait du fait qu’on puisse accepter comme légitimes les différentes façons d’adorer Dieu dans les différentes églises chrétiennes. Pour moi, il n’y a pas de véritable dialogue œcuménique, ni même de véritable rencontre entre deux êtres humains, lorsqu’on ne permet pas à l’autre d’être véritablement « autre ». Le respect d’autrui, ce n’est pas de dire qu’il est semblable à moi, au point d’en gommer toute différence, mais bien d’apprécier en l’autre ce qui fait sa particularité, ce qui en lui est donc différent de moi. Or éviter la confrontation, en clamant haut et fort que nous sommes tous chrétiens et donc semblables, revient à dire que nous n’acceptons pas ce qui nous différencie les uns des autres. Par « confrontation », je ne suis pas en train de dire qu’il faille entrer dans une querelle systématique avec les membres des autres églises, mais d’avoir le courage d’afficher nos convictions et la volonté d’écouter celles d’autrui, sans pour autant perdre la raison (dans les deux sens du terme). Cette conviction, concernant l’entente réciproque, ne se limite pas au seul rapport œcuménique mais s’étend aussi au dialogue interreligieux.
Après tout, qui peut honnêtement prétendre tout savoir sur Dieu? N’y a-t-il pas toujours quelque chose de Lui qui nous dépasse? Dieu n’est certes pas limité à une langue ou à une géographie particulière. Il ne l’est pas plus par une histoire exclusive, quand bien même nous croyons au peuple juif (du moins, j’ose l’espérer !) et à la révélation de Dieu dans l’histoire humaine. Dieu est le Tout-Autre, Il est toujours différent de ce que je m’imagine qu’Il soit. Ne puis-je donc apprécier Sa présence dans la façon différente de faire de mon voisin ? Le Christ n’est-il pas souvent là où on l’attend le moins?
Jean-Christophe Perrin