Temps fort de l’année liturgique, le carême est une route vers Pâques. Les orthodoxes renoncent à toute nourriture carnée durant cette période, dans l’idée de renouer avec l’alimentation de l’homme originel qui, au jardin d’Eden, vivait du fruit de la terre. Les catholiques jeûnent le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint et s’abstiennent de viande les vendredis. Jeûne, abstinence, renoncement, ces mots ont mauvaise presse dans notre société hédoniste de surconsommation. Et pourtant, ces privations sont nécessaires pour une meilleure santé du corps et de l’esprit. Ce temps d’arrêt, de recueillement, est un temps qui permet d’alléger nos vies de ce qui les encombre.
Traditionnellement, le carême est une démarche de renaissance, de conversion vivifiante. Le but est de se détourner de ce qui nous conduit au mal et de s’attacher à la vraie vie, de passer avec le Christ de la mort à la vie. Ce processus correspond à une véritable conversion, c’est-à-dire à un retour à l’authenticité, à une alliance avec Dieu dans la prière. Le temps favorable du carême nous est proposé pour nous remettre résolument en route sur le chemin de la vie inaugurée par notre baptême, pour retrouver le goût de l’Evangile et prendre appui sur lui.
Cette pratique est plutôt négligée dans notre monde moderne, où l’individualisme et la compétition sont de mise. Elle n’est pas non plus très bien vue par de nombreux protestants, qui se méfient toujours des « œuvres ». Pourtant l’idée ici n’est pas de mériter son salut par des actes de piété, mais bien de faire acte d’humilité en se considérant pécheur devant Dieu. Le carême c’est revenir à la vraie parole: faire silence en nous pour écouter la voix de l’Esprit, tendre l’oreille à la souffrance muette des autres, prêter l’oreille à la Parole de Dieu, se laisser ré informer par la bonne nouvelle de Jésus.
Pour être résolument à l’écoute de la Parole, nous devons arracher du fond de notre cœur ce mal pernicieux qu’est l’orgueil, l’amour de soi-même. En effet, quand l’Ecriture nous ordonne de ne pas tenir compte de nos intérêts personnels, non seulement elle chasse de nos cœurs la soif du pouvoir, le goût de la richesse, le désir de plaire, mais elle nous délivre de l’ambition, de la poursuite de la notoriété sous toutes ses formes et d’autres mauvais penchants plus secrets. C’est là le renoncement à nous-mêmes, celui que le Christ, dès le début de son enseignement, exige de ses disciples avec tant d’insistance.
Nous sommes à Dieu: vivons et mourons pour Lui; que sa sagesse et sa volonté commandent nos actions et qu’il en soi ainsi durant toute notre vie. Mais le temps du carême est un temps privilégié, car il nous invite à renouer, en notre âme et conscience, avec les fondements de notre foi, pour qu’ainsi nous puissions chanter tous ensembles: « A Toi la gloire, ô Ressuscité »
Jean-Christophe Perrin
