Un autre regard sur Marie, de Nicole Vray, éditions Olivétan, 2008
« Lourdes fête, en 2008, les 150 ans des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous. Le culte rendu à Marie demeure un point de friction entre catholiques et protestants ». Cet article paru dans le journal Réforme du 14 au 20 février m’a donné envie d’en savoir plus sur l’histoire de Marie en lisant le livre de Nicole Vray.
L’histoire commence par les évangiles canoniques. Mathieu nous parle de la naissance de Jésus à Bethléem (Mt 2,7). Luc 1,26-27 nous décrit l’Annonciation. Ce texte souligne la virginité de Marie et sa réponse pleine de foi
« Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu l’as dit. » (Luc 1,38).
L’auteur nous rappelle ensuite la rencontre de Marie avec sa cousine Elisabeth dans Luc 1,42-55 et la réponse de Marie
« Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu mon Sauveur, parce qu’il a porté son regard sur son humble servante.»
Cette réponse deviendra le Magnificat chanté par les catholiques. Jean cite Marie lors des noces de Cana (Jean, 2,3-5) et au pied de la croix lorsque Jésus confie Marie au disciple « Voici ta mère » (Jean 19,16-27). Elle n’apparaît plus qu’une fois, dans Ac, 1,14, à la veille de la Pentecôte, au milieu des disciples. 
Le livre nous fait ensuite découvrir des textes apocryphes écrits entre le 2eme siècle et le 10eme siècle qui donnent des détails retenus par la tradition. La description de la crèche avec l’âne et le bœuf provient par exemple de l’Evangile du Pseudo-Mathieu au 7eme siècle. La description de la mort de Marie, ou Dormition, puis de son Assomption datent du 6eme siècle. Ces écrits ont eu une grande influence sur le développement de la dévotion mariale, dans la littérature et l’art du moyen âge .
L’auteur nous explique ensuite l’évolution des doctrines influencées par les écrits apocryphes, la piété populaire, les études des Pères de l’Eglise, et la politique des rois et empereurs. En 431 les évêques et l’empereur imposent le dogme de Marie, Mère de Dieu. Clovis, roi des francs, et ses fils la désignent comme protectrice de leur royaume. Les premières fêtes mariales naissent à cette époque. L’Annonciation, puis l’Assomption sont célébrées sur décision des empereurs byzantins.
Face aux peurs et aux difficultés du moyen âge, Marie est proposée comme relais entre l’homme et Dieu par l’Eglise. La fête de l’Immaculée Conception commence à être célébrée. L’auteur nous explique ensuite le développement des prières comme par exemple le Magnificat, le Je vous salue Marie. Ce dernier ne prend sa forme actuelle qu’au 16eme siècle. Au moyen âge encore se propage la pensée selon laquelle Marie est reine. Marie couronnée nous accueille à l’entrée des cathédrales, vêtue du bleu royal.
Nicole Vray aborde ensuite la période de la Réforme. Luther publie en 1520-1521 un commentaire sur le Magnificat dans lequel il reconnaît que Marie est Vierge et Mère de Dieu. Il nous donne Marie comme modèle :
« Par son exemple et ses paroles, Marie nous apprend à connaître à aimer et à louer Dieu… Mère de Dieu, Marie se voit élevée au dessus de toute créature sans se départir pour autant de sa tranquille simplicité. »
Calvin garde l’idée de Virginité de Marie, mais considère plutôt Marie comme un modèle pour l’humanité. En réaction contre la Réforme, l’Eglise catholique développe de nombreuses congrégations féminines crées sous le patronage de Marie à partir du 17eme siècle.
Le 19eme siècle voit un renouveau de la piété mariale avec les apparitions de la Vierge. A Lourdes, en 1858, celle qui se nomme elle-même Immaculée Conception apparaît 18 fois à Bernadette Soubirous et l’exhorte à réciter le chapelet puis à boire de l’eau de la fontaine et à s’y laver. Les pèlerinages y viendront rapidement. Le 19eme siècle est aussi l’époque des processions aux couleurs de Marie, bleu et blanc. En 1854, l’Eglise catholique adopte officiellement le dogme de l’Immaculée Conception, malgré les vives critiques des protestants.
Le 20eme siècle, voit encore l’adoption du dogme de l’Assomption en 1950, et l’ensemble de la théologie mariale réaffirmé par Jean-Paul II en 2004. Aujourd’hui enfin, les Eglises protestantes donnent une place à Marie dans leurs catéchismes.
J’ai beaucoup aimé ce livre qui se lit comme une saga où apparaissent théologiens, rois et empereurs, réformateurs, fondatrices de congrégations religieuses, humbles paysans, témoins d’apparitions, et que les couples mixtes (catholique et protestant) partageront avec plaisir. Sans prendre position il nous explique l’évolution du dogme marial avec le contexte historique, nous laissant enfin cette image de Marie partagée par tous les chrétiens : Un modèle de Foi, mère de Jésus, choisie par Dieu.
Philippe Riglet
Bibliographie citée et résumée par le journal Réforme, n° 3259 (février 2008) :
Michel Leplay, Le protestantisme et Marie, Labor et Fides, 2000 – André Dumas, Marie de Narareth, Labor et Fides, 1989 – France Quéré. Marie. Desclée de Brouwer, 1996
