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La crise

Karl Marx l’avait prédit : le capitalisme, qui repose sur la spéculation d’un profit prélevé sur la force du travail des plus pauvres, court à sa perte ; éventuellement, il s’effondrera par lui-même. Par contre, il n’avait pas prévu que le communisme s’effondrerait en premier. Dans la crise, la politique – qu’elle soit de droite ou de gauche – ne peut apporter de solution valable tant que son seul critère d’opération demeure économique. Marx (encore lui !) explique dans Le Capital que la valeur réelle de l’argent repose sur l’or et que c’est la surproduction du papier monnaie qui entraîne l’inflation, soit sa dévalorisation. Le problème est accru lorsque l’argent devient virtuel, comme c’est le cas pour la Bourse. Le tout génère un excès de dettes qui devient pratiquement ingérable. C’est un secret de polichinelle que de dire que l’Occident vit, depuis plusieurs décennies déjà, largement au-dessus de ses moyens.

 Voilà pour la petite histoire. Et après ? Une récession s’annonce inévitable. Serons-nous capables d’y faire face ? Là est toute la question. Depuis notre tendre enfance, nous sommes habitués à identifier le bonheur à nos possessions matérielles. Il nous faut une voiture, une télé numérique, un ordinateur dernier cri, une maison, etc. Pouvons-nous envisager de vivre avec dix fois moins que ce que nous avons à présent ? Je n’exagère rien : c’est bien avec dix fois moins que vivent de nombreuses personnes dans des pays nettement plus pauvres que le nôtre ! Et pourtant, ils ont l’air plus heureux que chez nous. Minés par l’angoisse et par la dépression, la plupart de nos concitoyens ne savent pas apprécier les choses les plus simples que la vie leur donne gratuitement.

En vérité, la source de la crise n’est pas économique mais spirituelle. Englués dans une consommation à outrance, nous ne pensons qu’à préserver notre bien-être matériel au lieu d’apprendre à gérer paisiblement une diminution de notre pouvoir d’achat. Chaque individu a la possibilité d’être heureux en vivant plus simplement, en achetant moins de choses. On parle d’ailleurs d’être humain et non d’avoir humain pour définir notre identité véritable; on se sait un être unique et irremplaçable et non une pure valeur marchande. Mais un tel savoir requiert un minimum de sagesse. Or la sagesse ne s’achète pas. C’est pour cela qu’elle « est plus précieuse que l’or, plus chère que les rubis » selon la Bible.

Qu’est-ce que la spiritualité ? Ne confondons pas la religion avec la spiritualité. On peut très bien être religieux sans cultiver de spiritualité. Et vice versa. La spiritualité ne consiste pas à réciter des dogmes ou des prières toutes faites, mais à s’interroger sincèrement sur le but de la vie humaine. Ne sommes-nous que des animaux sophistiqués qui ne vivons que pour manger, dormir, se reproduire et se défendre ? Ou sommes-nous capables de raison ? Notre vie ne consiste-t-elle qu’à accumuler des objets et à chosifier nos semblables ? Ou sommes-nous prêts à accepter que « la vraie vie est ailleurs » et que l’autre garde toujours une part de mystère ? Ne parlons-nous des autres que dans leurs dos et pour les critiquer ? Ou savons-nous parler de nous-mêmes dans un face à face avec autrui ?

La crise. Nous allons nous appauvrir. Tant mieux, si cela peut nous rendre plus authentiques. Retournons à l’essentiel. Apprenons à être satisfaits avec le strict nécessaire. Et tournons-nous vers le Seigneur pour l’adorer. Voilà l’essentiel. Tout le reste n’a aucune importance. Nous sommes les fils et les filles d’un Roi, pourquoi nous languir dans la fange et manger la nourriture des cochons ? Revenons à l’Eternel ! C’est en Lui que nous avons notre trésor !

JC PERRIN.

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