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Un sens à l’utopie ?

 

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En ce mois de juin, marqué comme d’habitude par des catastrophes en tout genre, je soumets à votre attention la réflexion suivante :

« Nous ne nous représentons plus le futur à long terme sur un mode utopique parce que nous ne pouvons plus du tout nous le représenter, que ce soit ou non sous une forme utopique. Nous voici en quelque sorte privé d’avenir. Notre temps est en effet marqué par une grande difficulté à se projeter autrement qu’en perpétuant les diverses modalités d’un présent à déployer et à aménager. Les grandes utopies politiques du XX° siècle, dont on connaît les impasses et souvent le tragique, ont laissé place à une nouvelle croyance selon laquelle il n’y a rien d’autre que ce qu’il y a et à une certaine représentation de l’individu occidental comme forme historiquement achevé de l’humain […].

« Par ailleurs, l’économie se substitue aujourd’hui à la politique pour devenir le nom contemporain de l’inexorable nécessité, c’est-à-dire ce à quoi il est fait devoir de se résigner. Nous assistons impuissants à une sorte de fatalisation de l’histoire dont l’un des effets est de rabattre le désir sur le seul registre de la possession d’objets qui, à un moment donné, laisse parfois place à une profonde lassitude et même à une forme de désespérance […].

« En contrepoint du consentement résigné à ce qu’il y a, on peut ici retrouver le travail de Paul Ricœur sur ‘l’imaginaire social ou culturel’ qu’il problématise notamment à partir d’une reprise critique des concepts d’idéologie et d’utopie […].

« Si le maniement des concepts ‘idéologie’ et ‘utopie’ exige une grande prudence et l’exercice permanent de la critique, Ricœur n’en récuse pas tout emploi. Il cherche plutôt à dégager leur positivité en les maintenant dans une tension dialectique fructueuse : le ‘ainsi et pas autrement’ de l’idéologie et le ‘autrement qu’ainsi’ de l’utopie se corrigent mutuellement. En ce sens, l’utopie – étymologiquement ‘non lieu’ – constitue sans doute une relance de l’imaginaire social en empêchant de confondre une figure contingente de l’histoire avec un idéal achevé. Le monde comme l’existence singulière est [ainsi] ouvert ou rouvert par un impossible assouvissement […] » (Jean-Daniel Causse, L’instant d’un geste : le sujet, l’éthique, le don, Genève, Labor et Fides, 2008, p. 102-103).

Ce qui signifie que l’avenir n’est ni écrit d’avance ni identique au présent et, qu’en dépit de la vision fortement médiatisée d’un monde qui ne va qu’en empirant, il nous est permis de rêver. Héraclite disait : « les hommes construisent le monde (de demain) en rêvant ».

JC PERRIN

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