Nous étions environ 30 participants à ce café théo dans la brasserie de l’Etoile rénovée par le nouveau propriétaire.
Le prêtre, Don Edouard de Végrille, a d’abord rappellé la position de l’Eglise catholique :
- Le premier critère est l’universalité. La profession de foi dite « Credo de Nicée » affirme : « Je crois en l’Église une sainte catholique et apostolique. ». Cela peut soulever des objections : L’Église catholique est elle une église parmi d’autres, si on traduit catholique par universelle? Que veut dire « Église sainte » ?
- Le second critère c’est l’unité. La source de l’Église c’est la Trinité, l’Église est fondée par le Christ. Elle est une de par son âme qui est l’Esprit Saint. Le troisième critère, c’est la succession apostolique. L’Église est une succession d’apôtre en apôtre, à commencer par le successeur de Pierre.
L’Église catholique ne représente toutefois que 50% des chrétiens. Peut-on dire que les autres ne font pas partie de l’Église ? La question de ce café théo est donc : quelle est la nature de l’Église ? Quels en sont les contours ?
Le pasteur, Jean-Christophe Perrin, a ensuite souligné la position protestante :
Les protestants disent la « foi seule », « le Christ seul ». Les catholiques ne disent jamais cela. Il faut travailler le rapport entre Christ et Eglise. Jeanne d’Arc disait « m’est avis que Christ et Église c’est tout un ». Paul disait « un seul Christ, une seule foi, un seul baptême ». Il faut nous poser la question de la prétention hégémonique de l’Église, et celle de l’inter religieux : un membre d’une autre religion peut-il être sauvé ? Se poser la question de l’Église, c’est connaître le Christ. Il y a aussi les croyants non pratiquants pour qui la question d’appartenance à l’Église se pose.

Pour la majorité des protestants présents, l’Église est universelle. Dans la profession de foi de Nicée, on parle d’Église catholique (ou universelle), pas d’Église romaine. Plusieurs ont affirmé que l’Église dépasse les institutions humaines. Le Christ en est le centre, le critère de référence c’est l’adhésion au Christ et Dieu seul connaît les limites de son Église. L’un d’entre nous a ajouté que c’est la Bible qui unit catholiques et protestants, et que, grâce à cela, on a depuis dix ans un dialogue qui n’était pas possible avant.
Dans leur majorité les catholiques présents ont semblé d’accord. La limite de l’Église était également difficile à tracer dans le cas de croyants non pratiquants.
Une personne non croyante a parlé ensuite de son cheminement personnel, nous disant qu’elle a le sentiment d’appartenir à l’Église. Quelqu’un a répondu que le baptême n’est pas un besoin absolu pour appartenir à une Église, Don Edouard ajoutant que le baptême n’est pas de nécessité de salut, Jésus pouvant décider de qui il sauve.
Le pasteur a alors relancé le débat sur la définition de l’Église : L’Encyclique « Dominus Iesus », avait été écrite pour rappeler la nécessité de la foi : les fidèles sont tenus de professer une continuité, et l’Église catholique est décrite comme l’unique Église du Christ. Il a rappellé les différences fondamentales avec les autres Églises : la succession apostolique, l’eucharistie. Pour les catholiques l’Église repose sur la succession de Pierre, tandis que pour les protestants elle repose sur le Christ seul.
Pour Don Edouard, ce document est écrit en langage théologique. Il ne décrit pas la frontière de l’Église. Catholiques et protestants ont exprimé avec quelques nuances la même opinion qu’elle est avant tout le rassemblement de ceux qui croient en Jésus, qui adhèrent. Les catholiques ont souligné toutefois l’importance de la succession des apôtres pour l’Église.
Le débat s’est ensuite orienté ensuite sur la pratique religieuse. L’un d’entre nous a mentionné que beaucoup de gens lui disent : « je n’ai pas besoin d’Eglise ». Un jeune a fait remarquer que catholiques et protestants ne lui semblent pas avoir le même besoin de se rendre dans une église. L’église est ouverte tout le temps, le temple est ouvert le week-end seulement.
Plusieurs personnes non pratiquantes ont déclaré que c’est possible de vivre le divin auprès des gens, l’une d’elles disant : « Je ressens plus le divin en m’occupant d’handicapés qu’en assistant au rituel ».
Don Edouard a rappellé que chaque catholique est appelé à la prière individuelle, une part importante de la vie chrétienne est donc hors de la liturgie. Quelques protestants ont souligné le besoin d’étude individuelle de la Bible, quelqu’un disant: « celui qui affine sa foi est pratiquant ». Don Edouard a observé qu’on a en fait plus de pratiquants non croyants que le contraire, et que beaucoup n’ont pas d’adhésion réelle à un Credo. Pour lui, il faut une rencontre individuelle, alors la pratique amènera à vivre dans une communauté chrétienne.
L’heure avançant, le pasteur a rappellé que nous n’avons pas encore parlé du Salut. Une grande variété de définitions a alors été émise, dépassant les frontières des Eglises. Une dame non pratiquante a dit que le Salut ne l’intéresse pas, un autre pense que le Salut est collectif. Plusieurs voient le Salut dans la vie de tous les jours, quand la religion donne un sens à la vie, et pensent que c’est une occasion à saisir tous les jours.
Don Edouard conclut alors : « L’Eglise reconnaît qu’il y a un Salut pour tous les hommes, même si ils ont une autre religion. Tout homme est sauvé par le Christ même si il ne sait pas qui c’est. La frontière de l’Eglise passe à travers notre cœur. On sort de l’Eglise quand on fait le mal. »
Le café théo s’est terminé sur cette remarque. Le prochain aura lieu le samedi 27 septembre sur le thème « Qu’est ce que le péché ? ». Un des participants a proposé d’étudier la possibilité d’un café théo avec les représentants de l’Eglise protestante d’Heddesheim qui viennent en septembre pour un jumelage à Nogent-le-Roi.
Philippe Riglet