Ce dimanche de la Pentecôte était l’occasion de nous rappeler notre rencontre individuelle avec le Saint Esprit dans la vie de tous les jours(voir la prédication sur Jean 14,15-27). C’est aussi une fête de toutes les communautés chrétiennes, de l’Eglise, qui nous rappelle la première fois où les apôtres se sont fait comprendre de tous les peuples grâce à l’Esprit Saint. (Actes 2,1-13). Nous étions donc nombreux, malgré le beau soleil dehors, à ce culte célébré avec nos amis de l’Assemblée du plein Evangile et du Tabernacle et leur chorale des « Messagers du Christ », peut être 70.
Comme toute fête, celle-ci s’est terminée par un verre de l’amitié dans le narthex, servi par la femme du pasteur et la présidente du conseil presbytéral, pendant lequel nous avons partagé un bon moment de conversation détendue.
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La prédication porte sur Jean 14, 15-27.
Si vous m’aimez, vous vous appliquerez à observer mes commandements; moi je prierai le Père : il vous donnera un autre Paraclet qui restera avec vous pour toujours. C’est lui l’Esprit de vérité, celui que le monde est incapable d’accueillir parce qu’il ne le voit pas et ne le connait pas…
Ci après la transcription de la prédication du pasteur Perrin enregistrée sous format audio mp3 (cliquez sur le lien pour la télécharger (clic droit pour enregistrer sur votre PC)
Dans l’Ancien Testament c’est surtout la crainte de Dieu dont il est question. L’homme craint de rencontrer Dieu. Même s’il y a plusieurs mentions de Dieu d’amour dans l’Ancien Testament, en règle générale personne n’a vu Dieu sans mourir. Ce n’est pas une peur devant un Dieu terrible mais plutôt une peur de révérence c’est-à-dire qu’on décrit Dieu comme un Dieu de majesté. Mais Jésus n’annonce pas ce genre de divinité, c’est bien le même Dieu mais pas sous le même angle.
Il n’annonce pas une loi qui doit être suivie sinon la malédiction tombera sur la personne qui ne la suit pas : il demande seulement qu’on réponde a son amour. Il demande qu’on lui soit fidèle sincèrement et se sera la preuve de cette réponse a cet amour. Le mot amour étant tellement galvaudé aujourd’hui, il veut tout dire, d’ailleurs en langue française nous n’avons pas pour dire parler d’amour plusieurs verbes comme en anglais ou encore grec. Vous savez en anglais par exemple entre to love et to like la différence est entre quelque chose que nous aimons et une personne que nous aimons tandis qu’en français nous pouvons aimer avec le même verbe la couleur bleu et son conjoint.
Lorsque Jésus dit « celui qui gardera mes commandements celui la m’aimera », il n’est pas en train de dire qu’on doit avoir un souvenir de lui attendri, même si cela peut aider à élever un peu notre âme des soucis matériels que d’avoir une pensée tendre pour Jésus. On ne parle pas d’un sentimentalisme mais plutôt de suivre quelque chose qu’il nous a donné, un paradoxe, encore une fois comme la Bible semble affectionner les paradoxes, aimer est un ordre auquel nous devons obéir. Et nous avons beaucoup de difficultés à comprendre cela puisque pour nous l’amour égale liberté, cela veut dire « je fais ce que je veux et j’aime qui je veux ». Le texte que nous avons lu en Jean répète 5 fois ce commandement d’amour dans un passage. Il insiste bien « si vous m’aimez vous suivrez mes commandements » et le commandement d’amour en particulier. Pour nous c’est impossible, mais à Dieu tout est possible tout au moins faut- il avoir l’esprit ouvert. C’est comme une fenêtre, qu’on ouvre pour laisser rentrer le soleil ou la fraicheur. Nous ouvrons à l’extérieur. L’Esprit c’est la même chose, il faut qu’il puisse s’ouvrir pour recevoir.
Il est bien question d’esprit ici, de la promesse du saint Esprit; au verset 16 on nous parle du « paracletos ». Je ne vous parle pas souvent en grec mais ce terme est assez connu pour qu’on puisse le citer en grec et assez ambigu puisque c’est difficile de le traduire. Certains parlent simplement du paraclet, les dictionnaires théologiques ou grecs donnent différents sens : défenseur, avocat intercesseur, aide, consolateur. Dans ma traduction j’avais « aide », Nestor a lu « consolateur ». Aucune de ces traductions n‘est inadéquate, chacune correspond à l’esprit qui est donné dans les textes bien que je préfère le mot «rouak», mot hébreu qui désigne ce fameux souffle que Dieu insuffle au premier homme et qui est l’esprit de Dieu. A certains endroits il prend l’allure d’un consolateur. Joël le prophète annonce dans sa prophétie ce don du saint Esprit pour la fin des temps. Il est consolation aussi pour ceux qui sont séparés de Jésus.
Mettez vous a la place des disciples, il y a 2000 ans. C’est une personne à laquelle ils sont fortement attachés, leur maitre, leur ami puisqu’à un moment donné il ne les appelle plus serviteurs mais amis, dans les discours des adieux et après lorsqu’il lave les pieds de ses propres disciples. Donc quelqu’un qui pour eux était tout, puisqu’ils ont tout quitté pour le suivre, pour vivre avec lui. A ceux-là jésus donne cette béatitude « heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés ». Il ne s’agit pas de n’importe quelle affliction, il s’agit surtout de cette affliction qui correspond au manque de la présence du Seigneur bien aimé. Cette absence est intolérable pour les disciples, mais le consolateur, l’Esprit saint va venir pour pouvoir poursuivre l’œuvre de Jésus.
Nous qui n’avons pas connu le Christ visible nous pouvons quand même connaître son Esprit. C’est à dire l’essence de ce qu’il est venu donner, que nous pouvons connaître de façon réelle. C’est vrai que pour le monde l’idée du saint Esprit est la chose la plus irréelle qui soit, la religion est l’opium du peuple disait Marx. Le saint Esprit est un courant d’air, disait quelqu’un, si on ouvre la fenêtre on sent le courant d’air. Cependant, quand nous avons la foi, le saint Esprit est une présence réelle dont tout le monde peut faire l’expérience ici même, maintenant. Il ne s’agit pas d’une fiction, d’un symbole, d’une parole d’espérance, mais de quelque chose que tous les chrétiens de tout âge ont expérimenté, et que nous pouvons expérimenter si nous ouvrons la fenêtre pour laisser rentrer cet Esprit si nous voulons continuer avec cette métaphore du vent. Avec le vent on espère qu’il apportera aussi toutes les bonnes senteurs du jardin. Bien sur c’est une expérience qui dépasse tout ce que nous connaissons, que nous ne pouvons pas nécessairement comprendre.
Nous pouvons découvrir au plus profond de nous même cette présence de Jésus-Christ et cette présence est l’annonce du royaume qu’il n’a cessé d’annoncer. C’est le retour du Christ que nous attendons depuis 2000 ans, la Parousie, quand l’Esprit habite réellement un homme, celui-ci a déjà un avant goût de la perfection finale qui est une parfaire communion avec le Dieu eternel ; c’est ce qui est promis dès le début de la Bible. La vie éternelle n’est pas seulement la promesse d’un avenir espéré mais c’est une réalité qu’on peut toucher du doigt des maintenant. Il peut s’établir entre Dieu et sa créature une véritable communion, nous pouvons le sentir, sentir cette transcendance lorsqu’elle nous habite.
En fait recevoir le saint Esprit correspond à apprendre une nouvelle langue, la langue de Dieu, c’est l’occasion de pouvoir comprendre pleinement l’enseignement qu’il nous a donné et d’entendre son appel. En d’autres termes Jésus nous dit « vivez comme je vous l’ai enseigné, ce sera le signe que vous venez a moi de tout votre cœur, que vous m’aimez réellement. Et faites le non pour être vertueux et être fier de ce que vous aurez accompli, non pour éviter des châtiments par peur de l’enfer, mais faîtes le par amour gratuitement parce que vous avez compris que Dieu vous aime. » Voila ce que le Christ nous dit, vous entrerez alors dans un monde nouveau celui d’un dieu qui vous aime et qui m a envoyé pour que vous le compreniez.
Et la porte de ce nouveau monde n’est pas faite de tous nos mérites, elle n’est pas la peur qui consiste à fuir le châtiment de Dieu. La porte c’est l’amour qui se veut obéissant, d’ailleurs il est dit du Christ qu’il a obéi jusqu’à la croix. Il ne s’agit pas d’une auto flagellation lorsqu’il dit qu’il faut aimer, que c’est un commandement, mais simplement d’accepter que nous ne sommes pas aimables nous ne méritons pas d’être aimés. Encore moins sommes nous capables d’aimer quelqu’un d’autre, c’est la première des conditions. Ce n’est pas simplement aimer sa famille, ses enfants, son chien, là encore, si je voulais paraphraser Jésus, je dirais les non croyants le font aussi. C’est être capable d’ouvrir son cœur et de dire « oui je suis une créature qui a été faite par Dieu, pour Dieu ». Pour ceux qui peuvent le comprendre et l’entendre, aujourd’hui c’est tellement difficile de parler ce langage !
Pour aimer et accepter l’autre comme mon semblable, mon frère, il faut aimer le Christ assez pour le préférer au dessus de tout ce que nous pouvons aimer. Encore une fois, ce langage peut paraître poussiéreux pour beaucoup d’entre vous mais c’est pourtant bien le message. C’est pourtant bien cela que jésus nous dit, d’ouvrir notre cœur notre esprit, d’être parfaitement disponible. Dire « je ne sais rien même pas aimer et toi tu peux me l enseigner et me montrer comment te suivre ». Il ne s’agit pas de comprendre, ce n’est pas l’intérêt, ce n’est pas la morale qui va pouvoir nous le faire accepter, c’est ça souvent notre écueil, nous voulons trop analyser comprendre « oui mais, oui mais », et rester sur une petite vie. Il s’agit simplement de se laisser porter et d’accepter que l’Esprit agisse en nous sans que nous le comprenions.
« Shalom », à la fin il dit « l’Esprit vous donne la paix ». Vous savez bien à quel point ce mot juif est compliqué, même pour les juifs, à quel point leur propre pays est divisé par les guerres et les haines qui séparent. Nous ne somme pas là ce matin pour juger, chacun d’entre nous a sa propre guerre à livrer à l’intérieur de lui-même mais l esprit donne la paix. La paix c’est la promesse dernière cette étape que Dieu promet pour la fin et où on verra régner le bonheur sous la houlette du Messie c’est ce que le prophète Esaïe promet. C’est la promesse d’être en paix avec soi même, avec les autres et avec Dieu. Ouvrons nos cœurs et nos esprits, arrêtons de juger les autres, et nous recevrons ce que nous recherchons toujours sans jamais le retrouver. Amen
prédication de Jean-Christophe Perrin retranscrite par Philippe Riglet
Quand j’aurais la capacité de parler en prophète, la science de tous les mystères et toute la connaissance, quand j’aurais même toute la foi qui transporte les montagnes, si je n’ai pas l’amour je ne suis rien. — Paul, 1 Corinthiens 13, 2